Tournoi d’éloquence 2025

Tournoi d’éloquence 2025

Salle à gradins de l’Institut Notre-Dame de Jupille

Vendredi 7 février 2025

Participants

Mano FREBEL

« Nul ne sait ce que peut le corps. »
(Baruch Spinoza)

Lise TEURFS

« Les douleurs légères s’expriment, les grandes douleurs sont muettes. »
(Sénèque)

Elysa PIERRE

« Personne n’est plus arrogant envers les femmes, plus agressif ou méprisant, qu’un homme inquiet pour sa virilité. »
(Simone de Beauvoir)

Fatima BOUGHEDOU

« Les mots justes, trouvés au bon moment, sont de l’action. »
(Hannah Arendt)

Malik DIKICI

« Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots. »
(Jean Jaurès)

Sifa MUSSIMBWA

« Bien peu de gens savent aimer, parce que bien peu savent tout perdre. »
(Christian Bobin)

Aurelio MOUCHAMPS

« Les mots justes, trouvés au bon moment, sont de l’action. »
(Hannah Arendt)

Calvin MUTIMA

« Bien peu de gens savent aimer, parce que bien peu savent tout perdre. »
(Christian Bobin)

Rayane RHIMI


« Il faut faire aujourd’hui ce que tout le monde fera demain. » (Jean Cocteau)

Maryam ESSABIR

« Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid. »
(Théophile Gauthier)

Palmarès

1er prix

Aurelio MOUCHAMPS

2ème prix

Elysa PIERRE

Prix spécial du public

Maryam ESSABIR

Cher public, chers membres du jury, bonsoir.

Laurent Voulzy nous chantait le pouvoir des fleurs et bien, moi, aujourd’hui, j’aimerai vous chanter le pouvoir des mots. Enfin, pour le bien commun, je ne vais pas vous le chanter, je vais me contenter de vous en faire comprendre l’importance.

Car, oui, les mots ont bien un pouvoir, et bien qu’il puisse paraître infime par rapport à celui des armes, il peut se montrer, et s’est souvent montré bien plus redoutable dans l’histoire.

En effet, la plupart des révolutions et des guerres ont démarré parce qu’un petit groupe d’individus a réussi à convaincre leurs compatriotes de les suivre dans un combat pour leur idéologie, que ce soit par leurs talents d’écrivains ou par leurs talents d’orateurs, ou les deux. Pour illustrer ça, il me semble qu’il n’y a pas de meilleur exemple que la montée du nazisme à partir de 1920, période qu’Hannah Arendt a très bien connue, étant donné que cette philosophe et politologue a vécu en Allemagne de 1906 à 1933.
Je ne suis pas sûr qu’elle voulait parler directement d’Hitler en disant :
« Les mots justes trouvés au bon moment, sont de l’action » mais ces propos illustrent tout de même assez bien la manière dont il s’est emparé du pouvoir.

Adolf Hitler a en effet su trouver les mots justes, qui étaient certes hideux, mais qui ont néanmoins réussi à parler aux allemands dans ce contexte si délabré. Et, en effet, au sortir de la première guerre mondiale, l’Allemagne était dans des situations économiques et sociales désastreuses, il suffit d’ajouter à cela le traité de Versailles, vécu comme une humiliation par les allemands et cela nous permet de mieux comprendre ce qui a amené le peuple allemand a chercher désespérément des solutions pour sortir de ce chaos. Une de ces solutions, Hitler essayera de l’apporter par les armes, en tentant un putsch en 1923 lequel échouera et lui vaudra 5 ans d’emprisonnement, durant lesquels il écrira Mein Kampf, première action de sa stratégie pour s’emparer du pouvoir par les mots. Et le moins que l’on puisse dire c’est que cette action, verbale cette fois, a assez bien fonctionné puisque « la bible du IIIème Reich » s’est écoulée à plus de 10 millions d’exemplaires entre 1926 et 1933, convertissant ainsi une partie de la population à l’idéologie nazie. Ce succès lui permit de pouvoir s’exprimer à un plus grand public et de pouvoir user de ses qualités d’orateur afin d’exposer ses idées au plus grand nombre et d’ainsi obtenir le pouvoir, et ce, tout en usant de plus des mots que de violence, ce qui peut sembler être le comble pour un des régimes les plus cruels et destructeurs a avoir jamais existé.

Le nazisme est, si j’ose dire, un cas d’école, démontrant comment le pouvoir des mots amène parfois à celui des armes. Et c’est là que se trouve la perfidie de la parole, les mots pouvant sembler tout à fait inoffensif au premier abord, en effet personne n’est jamais mort d’un mot trop bien aiguisé ou d’un coup de verbe parti tout seul, alors que les morts par balle et par machettes se comptent par millions. Les discours les plus véhéments à l’instar de ceux d’Al Qaïda ou des leaders hutus au Rwanda, peuvent amener des gens à commettre les pires infamies. C’est pour cela qu’il faut faire attention à ce que l’on entend et qu’il ne faut pas oublier que notre liberté d’expression qui nous est pourtant si chère peut parfois s’avérer être à double tranchant.

Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain : les mots ont, et on l’a vu, une forte puissance destructrice mais ce serait une erreur d’omettre qu’ils ont également la magnifique possibilité de réparer, de susciter des émotions, d’instruire, de motiver, de faire changer les choses,…

Certains discours ont changé durablement le monde, le plus célèbre étant certainement celui de Martin Luther King qui en 4 mots : « I have a dream », a permis de nombreuses améliorations dans les droit des minorités aux Etats-Unis. Simplement 4 mots, justes et bien choisis, au moment ou le racisme était omniprésent, ont changé les choses. Cela prouve encore une fois que Hannah Arendt avait raison, « les mots justes trouvés au bon moment, sont de l’action».

Il en va de même pour les chansons de Brassens, de Renaud ou même de Patrick Sébastien, qui avec des mots biens choisis et bien mis en valeur arrivent à nous émouvoir, nous amuser voire nous réconforter. Les mots ne n’ont donc pas uniquement un pouvoir politique, ils peuvent également transmettre des émotions grâce au génie des artistes, qui avec de simples mots, mais les mots justes, arrivent à susciter tant de passion et d’émotions. Demain dès l’aube de Victor Hugo en est un parfait exemple, il est uniquement composé de trois quatrains d’alexandrins mais Victor Hugo est tellement fort qu’il parvient à nous faire comprendre le chagrin de la mort de sa fille en très peu de mots.

Outre le pouvoir politique et émotionnel des mots, ils peuvent faire office de médicaments, qui, eux, n’agissent pas contre les maladies mais contre le malheur. Parler de ses problèmes à ses amis ou sa famille est souvent le meilleur remède lorsqu’on a un petit coup de moins bien. Souvent, ce sont nos proches, ceux qui nous connaissent le mieux qui arrivent à trouver les mots justes et à les dire au bon moment pour nous sortir de notre dépression.

En guise de conclusion, j’ai écrit un petit poème rien que pour vous, qui je l’espère, vous suscitera de vives émotions :

Partout dans le dico, les mots nous différencient des animaux. Comme des cadeaux ils rendent le monde plus beau et augmentent notre niveau. Employés par des idiots, comme la Gestapo ou les carolos ils nous entraînent au ghetto ou au tombeau, à contrario, employés par Victor Hugo, ils sont loin d’être gros et nous font passer de zéro à héros. On peut dire : bravo les mots.

Merci de m’avoir écouté.

Aurelio MOUCHAMPS